Des moteurs de Boeing 747 retirés du désert pour alimenter l'IA de Musk : 1,2 GW, du formaldéhyde cancérogène et des riverains qui saturent. Jusqu'où ira cette course effrénée aux data centers ?
L'entreprise d'intelligence artificielle d'Elon Musk utilise désormais d'anciens moteurs d'avion reconvertis pour alimenter ses superordinateurs. Huit turbines issues de moteurs de jets, modifiées pour brûler du gaz naturel, ont été installées pour faire tourner le centre de données Colossus 2, dans le Mississippi, à proximité de Memphis. L'information provient du New York Times, qui s'appuie sur des permis délivrés par l'État du Mississippi et sur des images satellites.
Les moteurs en question proviennent d'anciens Boeing 747 et 767, équipés de turboréacteurs General Electric. La société ProEnergy, basée dans le Missouri, les a transformés en générateurs capables de produire chacun jusqu'à 50 MW, soit 400 MW au total, l'équivalent de la consommation d'environ 120 000 foyers.
Le principe consiste à récupérer des moteurs retirés du service et à les reconstruire pour qu'ils entraînent un alternateur. Beaucoup dorment dans les cimetières d'avions du désert de Sonora, en Arizona.
Un permis qui porte sur 1,2 GW
Le document accordé à xAI pour Colossus 2 ne se limite pas à ces huit unités : il couvre 41 turbines permanentes, pour une puissance totale proche de 1,2 GW. Cet été 2026, Elon Musk a promis de multiplier par sept la capacité du centre de données, une annonce qui justifie, selon le New York Times, l'installation de ces générateurs sur place.
- Produire sa propre électricité reste la solution la plus rapide : un raccordement classique au réseau prend généralement plusieurs années aux États-Unis.
Des plafonds de pollution relevés pour ces huit turbines
Le permis autorise, pour ces huit unités, un plafond de monoxyde de carbone deux fois plus élevé que pour les autres installations du site, ainsi que 25 % de composés organiques volatils supplémentaires. Des documents mentionnent aussi la présence de formaldéhyde, une substance cancérogène, parmi les gaz émis.
Le Southern Environmental Law Center, une organisation de défense de l'environnement, conteste cette autorisation accordée par l'État. Ses avocats estiment que xAI a sous-estimé les rejets prévus et n'a pas démontré le respect de certaines limites réglementaires. Ils reprochent aussi à l'entreprise d'avoir choisi des moteurs d'avion reconditionnés plutôt que des turbines plus récentes, bien moins polluantes. Le permis a malgré tout été validé en mars 2026, face à une forte opposition locale.
Il y a plusieurs mois, l'association de défense des droits civiques NAACP et des associations environnementales ont attaqué xAI en justice au sujet de 27 turbines temporaires, utilisées selon elles sans les permis fédéraux nécessaires. Reuters a recensé 57 turbines au total sur le site de Colossus 2, dont 30 rejetteraient près de 2 500 tonnes d'oxydes d'azote et 4 000 tonnes de monoxyde de carbone chaque année. En octobre 2026, un juge fédéral a refusé d'écarter la procédure engagée contre xAI.
Près du site, les habitants décrivent un bruit permanent, jour et nuit, à quelques centaines de mètres de leurs habitations. En juin 2026, trois riverains ont lancé une action collective contre xAI et SpaceX pour nuisance sonore et perte de valeur immobilière.
Ce n'est pas la première fois que les centres de données d'Elon Musk suscitent ce type de litige : le Southern Environmental Law Center avait déjà poursuivi l'entreprise pour des générateurs à gaz exploités à Memphis sans les permis requis.
Pour apaiser la contestation, Elon Musk a proposé de racheter plusieurs maisons du quartier Colonial Hills, jusqu'à 418 logements selon certaines estimations. Ces offres sont assorties d'une clause interdisant aux vendeurs de rejoindre la procédure judiciaire en cours.
Le recours à ces moteurs d'avion tient à la pénurie de turbines neuves. Selon l'Agence internationale de l'énergie, il faut environ sept ans pour obtenir 100 MW en Virginie du Nord. Les grands fabricants sont également en rupture de stock, l'essentiel de leurs capacités n'étant attendu que vers 2031, selon un dirigeant de Mitsubishi Power cité par Bloomberg.
Un analyste de Rystad Energy estime que les unités dérivées de moteurs d'avion permettent, elles, de faire démarrer un centre de données en moins de 24 mois. L'administration Trump encourage de son côté les centres de données à produire leur propre électricité.
xAI n'est pas seule sur ce créneau. Crusoe, qui construit le site Stargate d'OpenAI à Abilene, au Texas, a commandé 13 unités converties à ProEnergy en avril. Boom Supersonic vend désormais une version de son moteur d'avion supersonique comme centrale pour centres de données. SpaceX, de son côté, avait déjà engagé 2,8 milliards de dollars dans des turbines à gaz pour ses propres besoins en intelligence artificielle.
Mais ces moteurs recyclés, conçus à l'origine pour pousser un avion, sont moins efficaces qu'une turbine de centrale classique : il en faut davantage pour produire la même électricité, et ils rejettent plus de polluants. Plusieurs experts cités par le New York Times considèrent cette solution comme temporaire, les questions d'efficacité énergétique et d'environnement devant peser plus lourd d'ici un à deux ans. À plus long terme, Elon Musk mise sur des centres de données en orbite, alimentés par le soleil.