Il a provoqué des fous rires, des engueulades, a réuni des proches ou des couples le temps de quelques heures. It Takes Two c’est 20 millions d’unités vendues, c’est celui qui a été sacré GOTY aux Game Awards 2021, c’est un jeu coopératif moderne, innovant et une expérience comme on en voit trop rarement. Avec son succès commercial, on aurait pu s’attendre à voir plus de « couch-coop » fleurir, mais le genre se fait encore trop discret alors même qu’il est plébiscité. Qu’à cela ne tienne, les troupes de Josef Fares ont vite décidé de remettre le couvert avec Split Fiction, attendu ce 6 mars sur PS5, Xbox Series et PC. Un titre qui ne modifie pas fondamentalement son approche et avec lequel le studio se permet clairement d’être plus audacieux.

This the best of both worlds

split fiction
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Pas question pour le créateur libano-suédois de changer leur fusil d’épaule. Split Fiction reste un jeu coopératif en écran partagé où deux joueurs incarnent chacun un personnage. Oubliez la thérapie de couple cette fois, vous allez vous glisser dans la peau de deux parfaites inconnues qui vont devoir être amenées à échapper à tous les délires tordus de leur imagination. Mio et Zoe sont deux écrivaines à en devenir qui prennent part à un programme d’un éditeur sans scrupule, les entraînant dans une simulation inspirée de leurs histoires. Deux personnalités pour deux univers différents qui vont s’entrechoquer. L’une ne jure que par la fantasy, quand l’autre n’écrit que des scénarios orientés science-fiction. Coincées dans le fruit de leur imagination, les deux romancières en herbe vont être transportées d’un univers à l’autre et vont devoir faire face à des situations aussi loufoques que leur créativité pour se sortir de cette drôle de situation.

Une fois encore, la narration sera l’une des pierres angulaires de l’immersion et de l’implication des joueurs. Dans le cadre de cette preview, nous avons en revanche surtout été bazardés d’un niveau à l’autre, sans pouvoir en découvrir beaucoup sur le scénario. On voit déjà quelques thèmes et messages se dessiner dès les premières minutes, le duo fonctionne instantanément et leur dynamique a un petit charme. Impossible pour l’heure de dire si Hazelight aura peaufiné sa plume ou non avec Split Fiction, mais Fares se montre plus que confiant. Il promet déjà que la fin sera « du jamais vu dans le jeu vidéo, ça va retourner le cerveau des gens », rien que ça. De l’audace, il n’en manque pas, tout comme son jeu. On sent que ses équipes ont pris du galon et en confiance depuis It Takes Two et que ce double terrain de jeu leur a permis à eux aussi de se laisser aller à tous les délires créatifs. 

C’est bourré de références comme FF7, Mega Man ou encore Assassin’s Creed. Un melting pot d'idées saugrenues et ingénues particulièrement bien exécutées et c’est un concentré de fun pur et dur. Split Fiction est un véritable touche à tout, qui enchaîne du twin-stick shooter, du snowboard à la SSX, en passant par des phases en moto comme de la plateforme plus classique. Des idées, Split Fiction en a à la pelle et le contexte du jeu permet encore plus aux équipes de partir dans toutes les directions et d’essayer plein de gameplay. Et tout ce qu’il tente, il le fait drôlement bien. Aussi nombreuses soient ces mécaniques, elles sont toutes soignées, malignes efficaces et funs.  

Un véritable concentré de fun

it takes two nouveau jeu
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L’habitué du studio retrouvera rapidement ses automatismes, des mécaniques et des axes de réflexions de collaboration empruntés à ses précédentes productions, mais Split Fiction se montre bien plus innovant que ses aînés. On a beau avoir enchaîné les niveaux sans répit, parfois en nous coupant juste avant le moment le plus exaltant, jamais on ne s’est ennuyé en 4h, jamais il n’a été redondant et jamais il n’a été pris en défaut. Chaque situation est différente, chaque niveau apporte de nouvelles mécaniques et demande de s’adapter à de nouveaux environnements, d’être aussi malins que réactif, et surtout de collaborer. Comme dans It Takes Two, chaque personnage aura son rôle, ses propres capacités et chaque joueur sera mis à contribution. Quand l’un aura un sabre ninja cyberpunk, l’autre jouera du fouet laser, quand l’un pourra voler à dos de dragons, son camarade roulera pour cogner divers mécanismes. Une fois encore, Hazelight ne fait aucune concession sur la formule, visiblement poussée à son paroxysme.

Split Fiction montre rapidement sa capacité à se renouveler, qui atteint une proportion rarement vue ailleurs. Les énigmes sont intelligentes, bien exécutées, et la sauce prend prend toujours autant. On se parle, on se chamaille, on se conseille, on se vanne et on récolte le fruit de la victoire ensemble avec une satisfaction non dissimulée. Le jeu devrait encore mettre à mal quelques amitiés ou couples, car il est davantage orienté action, surtout dans les mondes de science-fiction où l’action se montre souvent plus effrénée et où les faux pas sont plus nombreux. Trop en révéler serait gâcher la surprise, donc on se gardera bien de vous dévoiler les situations qui nous ont le plus surpris ou nous ont fait partir dans des éclats de rire, comme l’une des missions annexes qui implique des cochons. 

Le jeu propose en effet des niveaux optionnels rencontrés en sortant un peu des sentiers battus, et les deux que nous avons pu faire étaient simplement géniaux. Des respirations bienvenues qui devraient parfois sembler tout droit sorties d’un délire sous acide. La créativité débridée d’Hazelight ne connaît visiblement aucune limite et le jeu nous entraîne dans un tourbillon de folie aussi grisant qu’étourdissant. Une multiplicité et une générosité qui devraient également se retrouver dans la réalisation qui se marie à merveille avec une direction artistique changeant du tout au tout selon l’univers dans lequel on se trouve. Split Fiction se place aussi un cran au-dessus techniquement et sans doute artistiquement. On sent d’emblée qu’Hazelight a laissé carte blanche aux artistes pour qu’ils se permettent toutes les folies.

split fiction
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On l'attend... comme des petits fous

Hazelight avait mis la barre très haut avec It Takes Two, mais le studio pourrait bien atteindre de nouveaux sommets avec Split Fiction. Quelques heures suffisent pour affirmer que ce sera un véritable concentré de fun à partager. Le jeu part dans tous les sens, enchaîne les séquences astucieuses et barrées, mais il le fait avec panache et inventivité. Le studio fait une nouvelle fois preuve d’une créativité débordante, le tout soutenu par une technique améliorée. Il nous tarde de découvrir quelles autres surprises il nous réserve, mais une chose est certaine : les jeux coops de cette trempe ont encore de beaux jours devant eux.