En ce 10 mai 2026, le meilleur jeu d’action-aventure que l’on ait eu en l’espace d’une décennie célèbre son dixième anniversaire. Retour sur le phénomène Uncharted 4.
C’était il y a dix ans jour pour jour. Le 10 mai 2016, Naughty Dog nous délivrait ce qui reste aujourd’hui encore la dernière grande aventure de Nathan Drake avec Uncharted 4: A Thief’s End, un opus acclamé par la critique comme par les joueurs. Et à raison. Car après l’escalade hollywoodienne perpétrée entre Uncharted: Drake’s Fortune et Uncharted 3 : L’Illusion de Drake, le studio a finalement décidé de changer son fusil d’épaule en optant pour une aventure qui, certes, reste toujours digne des meilleurs blockbusters, mais est aussi capable d’adopter un rythme plus posé pour mieux caractériser ses personnages. Et c’est précisément ce dont avait besoin la franchise pour tirer sa révérence avec grâce, tout en laissant au passage une trace indélébile dans le genre de l’action-aventure.
Car oui, je ne vais pas passer par quatre chemins : Uncharted 4 représente à mes yeux le dernier pic majeur qu’ait connu le genre au cours de la décennie passée. Alors oui, c’est vrai, MachineGames nous a gratifiés d’un excellent Indiana Jones et le Cercle Ancien en 2024, qui a su apporter sa petite pierre à l’édifice par certains de ses choix, comme la vue à la première personne par exemple. Mais cela reste quand même à des années-lumière de la claque que m’a procuré Uncharted 4 huit ans plus tôt. Je pourrais également citer Shadow of the Tomb Raider pour boucler la boucle, mais cela serait tout simplement déloyal pour le titre d’Eidos Montréal, qui ne fait absolument pas le poids face au talent de Naughty Dog. Et c’est pourtant le titre que j’ai préféré dans la dernière trilogie mettant en scène Lara Croft.
Uncharted 4 ou l’évolution parfaite d’une formule
Mais il faut dire aussi qu’avec Uncharted 4, le studio a mis la barre extrêmement haute. Certes, la formule de la franchise était déjà en place depuis plusieurs années, et elle ne constitue ici qu’une légère évolution de ce qu’on connaissait déjà. Mais quelle évolution ! À une époque où les jeux tendent de plus en plus à diluer leur rythme dans des environnements de plus en plus ouverts pour pas grand-chose, Naughty Dog a su trouver le juste milieu parfait avec Uncharted 4. Je me souviens encore de la claque que j’ai prise lorsque je me suis retrouvé au volant de la jeep à Madagascar, ou à la barre du bateau en mer, à explorer de vastes zones à la recherche de trésors cachés, d’énigmes à résoudre ou d’indices sur ma prochaine destination. En tant que fan de jeux d’action-aventure, c’est définitivement le genre de moments qui me font vibrer.

D’autant plus que, comme j’ai pu le souligner, Naughty Dog a su trouver le parfait compromis entre sa volonté de laisser davantage de liberté au joueur pour explorer, et le besoin de bien rythmer le jeu pour éviter que des longueurs ne finissent par apparaître. Exploration, énigmes, plateforme, action, tout s’imbrique et s’enchaîne avec une infaillible perfection, ce qui me saute d’autant plus aux yeux aujourd’hui que le studio a quelque peu échoué à reproduire cela avec The Last of Us Part 2, et qu’il s’agit aussi de l’un des griefs que j’avais à l’encontre d’Uncharted 3 avant cela. Car j’ai beau apprécier grandement ce jeu, j’avoue tout de même avoir un peu de mal à le refaire tant sa seconde moitié, qui accumule les gunfights entrecoupés par des séquences destinées à faire cracher ses poumons à la PS3, tend à me lasser.
En parlant de gunfights, d’ailleurs, il s’agit sans doute également de l’un des points à souligner dans ce Uncharted 4, qui ne réinvente peut-être pas la roue sur la question, mais qui a au moins le mérite de perfectionner la formule mise en place par Drake’s Fortune. Car je veux bien entendre que la franchise n’est pas forcément ce qui se fait de mieux en termes de jeu de tir… mais a-t-on réellement besoin de beaucoup plus pour apprécier une expérience de ce calibre ? Pas de mon point de vue. Tuer les ennemis les uns après les autres en passant de couverture en couverture m’amuse amplement, surtout sachant qu’Uncharted 4 en a profité pour introduire davantage de dynamisme à l’action. Les arènes plus ouvertes et verticales, l’ajout du grappin ou la dimension infiltration accrue étant alors autant de moyens utilisés par le studio à cet effet.

La magie Neil Druckmann
Des environnements plus ouverts, un équilibre idéal entre les différentes boucles de gameplay, des mécaniques de jeu améliorées… Oui, Naughty Dog a parfaitement su maîtriser l’affinage de sa formule avec Uncharted 4, qui nous offre ainsi une aventure bien plus longue que ses prédécesseurs, mais au cours de laquelle on ne s’ennuie pourtant jamais une seule seconde. Mais il faut dire aussi que ce dernier se dote d’un nouvel atout non négligeable : Neil Druckmann. Après le carton rencontré par The Last of Us, réputé pour la qualité de son écriture, le créateur a en effet su insuffler à l’univers d’Uncharted une profondeur tout à fait inédite, qui nous a permis de redécouvrir tous ces personnages que l’on accompagnait depuis déjà près de dix ans sous un jour nouveau.

Plus mature, plus émotionnel, Uncharted 4 amène la franchise sur un nouveau terrain qui montre qu’il est tout à fait possible de mêler action décomplexée et richesse narrative, tout en embarquant les joueurs dans une aventure effrénée qui, paradoxalement, n’a jamais été aussi contemplative. Un véritable tour de force dont seul Druckmann semble avoir le secret, donc, et qui s’accompagne au passage de multiples rebondissements capables de nous tenir en haleine du début à la fin. Car rappelons quand même qu’avec cet opus, Naughty Dog a réussi à introduire un frère dont nous n’avions jamais entendu parler jusqu’à présent, sans pour autant échouer à recoller les wagons. Même si, il est vrai, cela contredit tout de même certains éléments énoncés dans Uncharted 3… qui n’avait toutefois pas besoin de cela pour se saborder tout seul.
Un jeu en avance sur son temps
Pour finir, comment ne pas évoquer non plus l’éléphant au milieu de la pièce : la technique. Véritablement à la pointe en la matière, Uncharted 4 reste aujourd’hui encore une prouesse visuelle tellement en avance sur son temps qu’elle est capable de mettre à l’amende bien des sorties actuelles. C’est un fait : dix ans plus tard, le titre de Naughty Dog n’a pas pris une seule ride. Il continue non seulement d’impressionner par la richesse de ses environnements, d’une beauté époustouflante, mais aussi par la qualité de ses animations et son sens du détail à toute épreuve. Sans oublier, bien sûr, la puissance de ses scènes d’action, qui sont peut-être moins grandiloquentes que ne pouvaient l’être celles d’Uncharted 3, mais qui montrent qu’en associant technique et sens de la mise en scène, il est possible d’accomplir des merveilles.

Qui réussira à détrôner Naughty Dog ?
Et c’est précisément pour toutes ces raisons qu’Uncharted 4 reste à mes yeux la quintessence de ce que nous avons pu avoir en termes de jeu d’action-aventure ces dix dernières années. Après avoir littéralement révolutionné le genre en 2009 avec Uncharted 2: Among Thieves, Naughty Dog a su conclure la franchise – ou en tout cas l’arc Nathan Drake, avec grandeur et modestie. Une modestie qui, je le confesse, fait tout de même beaucoup de bien après la surenchère dans laquelle tendait à tomber Uncharted 3. Reste maintenant à découvrir qui sera en mesure d’offrir à ce genre que j’affectionne tant sa prochaine grande (r)évolution. Serait-ce une nouvelle fois Naughty Dog avec son prétendu Uncharted 5 ? Crystal Dynamics avec Tomb Raider Catalyst ? Ou un potentiel nouveau venu que nous ne connaissons pas encore ? Mystère…